Le charisme que nous vivons aujourd’hui à l’Institut des Sœurs de Saint François d’Assise ne s’est pas inventé d’un coup : ses racines les plus anciennes remontent à 1676, au diocèse du Puy-en-Velay (350ème anniversaire cette année). Cependant la plupart des congrégations dont nous sommes héritières ont été fondées au XIXe siècle. Certaines d’entre elles se sont unies par la suite, donnant naissance à notre Institut. Sœur Cécile Guérin-Boutaud, de la fraternité de Limoges, s’est intéressée à celles nées dans le grand Sud-Ouest au XIXe siècle Elle a retracé leur histoire lors d’un colloque tenu à Toulouse en juin dernier.
Qui sont « les franciscaines » ?
On connaît bien les frères mineurs et les clarisses ; on sait moins où situer les franciscaines. Saint François avait pourtant fondé, dès 1221, un troisième ordre pour les personnes vivant « dans le monde ». Contrairement aux tertiaires séculiers, nos congrégations fondatrices appartiennent à sa branche régulière : elles suivent une règle et vivent sous les trois vœux de Pauvreté, Chasteté et Obéissance, en communauté.
Onze congrégations, une même terre
S’appuyant sur un ouvrage de référence rédigé par le Père Norbert franciscain en 1897, sœur Cécile a recensé onze congrégations ayant leur maison-mère dans le grand Sud-Ouest à la fin du 19ème siècle : Montpellier, Rodez, Grèzes, La Devèze, Le Puy-en-Velay, Montfaucon, Bussières, Le Dorat, Bordeaux, Toulouse et Caignac. À elles seules, elles comptent alors 86 maisons et plus de 1 200 sœurs — avec de grands écarts, de douze sœurs à Caignac à deux cents à Bordeaux. Nées le plus souvent sous le Second Empire, fondées par des prêtres, des religieux franciscains ou capucins, ou des femmes laïques, elles se distinguent par la couleur de leur habit (bure brune, noire, grise, parfois vert olive), mais partagent toutes un même signe : la corde de laine blanche.
Vivre l’esprit du Poverello
La pauvreté radicale marque les débuts de toutes ces communautés — la chronique des sœurs de Bordeaux raconte leurs premières années réduites à une seule pièce, sans rien réclamer en retour de leurs soins aux malades. Deux grandes formes de mission se dégagent ensuite :
- L’attention aux plus pauvres : orphelins et infirmes accueillis à La Devèze, enfants formés à l’agriculture à Grèzes, orphelines recueillies à Toulouse, malades veillés jusqu’au bout par les sœurs de Rodez, surnommées « Sœurs de la bonne mort ».
- Le service de l’Église : maisons de retraite pour prêtres âgés au Dorat, confection d’hosties et d’ornements liturgiques à Bussières.
Et aujourd’hui ?
Sur les onze congrégations étudiées, une seule s’est éteinte (Caignac), une existe encore sous son nom d’origine (Franciscaines du Saint Esprit de Montpellier), deux ont fusionné avec d’autres instituts, et sept se sont regroupées avec d’autres en 1974. Une nouvelle union trente ans plus tard a donné naissance à notre Institut.
La pauvreté extrême de nos devancières s’exprime différemment aujourd’hui, mais la radicalité d’une vie donnée reste tout aussi exigeante. Une constante demeure, intacte depuis le XIXe siècle : l’attention aux plus pauvres et aux plus fragiles, pour rendre la société un peu plus fraternelle.
Merci à sœur Cécile Guérin-Boutaud pour ce travail de mémoire qui éclaire les racines de notre famille religieuse.