Devenir soeur de St François
Etre fidèle toute une vie ?
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A partir du moment oĂą on a dit "oui", comment savoir si on tiendra la distance ?
C'est bien le sens de la prière du Seigneur : "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour". La fidélité est un mot qu'il faut conjuguer au présent, c'est la meilleure manière de préparer l'avenir. Père Hervé Soubias
La fidélité désigne par excellence la personne même des chrétiens, « fidèles » du Christ. Le terme qualifie la réponse de foi à la révélation que Dieu fait de lui-même à l’humanité, réponse de foi d’un homme ou d’une femme qui s’engage dans une relation dont Dieu a l’initiative, relation qui mobilisera désormais l’intégralité de sa personne, de sa volonté et de ses actes, jusqu’à sa mort.
Dans le Dictionnaire de Morale Catholique, l’auteur (J.-L. Bruguès, o.p.) indique que « la fidélité exprime la constance dans le maintien de la parole donnée ou de l’engagement contracté ».
Chaque sacrement engage la fidélité des baptisés. Certains baptisés contractent des engagements spécifiques qui impliquent des fidélités nouvelles, plus exigeantes ou plus radicales encore. Les trois vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté qui caractérisent l’engagement dans la vie religieuse, impliquent tous trois la promesse de leur être fidèle jusqu’à la fin de sa vie. Une telle « constance » est-elle possible, et comment l’est-elle ?
Aucune réponse à ces questions n’est possible sans d’abord considérer la primauté de Dieu : premier « fidèle » à tenir ses promesses, premier dans la relation qui le lie à l’humanité et à chaque croyant, premier objet de l’amour des fidèles, premier destinataire de l’amour et de l’engagement des religieux, etc. La fidélité des baptisés est imitation de la fidélité de Dieu. La fidélité des religieux n’est pas différente : au contraire, elle est signe éminent de l’une et de l’autre.
Les chrétiens croient que la fidélité des hommes est possible parce qu’ils croient en Dieu et accueillent dans la foi l’assurance de sa fidélité : si Dieu est fidèle, alors la fidélité est possible. Si l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, alors comme Lui il peut être fidèle « jusqu’au bout ».
Cependant, comme pour tout ce qui est humain, et donc touche à la liberté, ce possible qu’est la fidélité connait bien des obstacles, et est entravé par le péché. Un de ces obstacles est lié à la revendication moderne de « sincérité » qui vise à « l’adéquation de ses actes à des sentiments » (J.-L. Bruguès). Ce qui est alors premier c’est un sentiment humain, par définition changeant, qui engendre des actes qui « devront suivre »… Cette succession de « fidélités » est très différente de ce qui définit la vraie fidélité humaine : Dieu et la révélation de son amour fidèle fait naître la foi, l’espérance et l’amour ; Il suscite, appelle, fonde une fidélité à l’image de la sienne, un engagement à l’image du sien, « jusqu’au bout ».
Une condition de la « constance » qu’implique la fidélité vraie, est que ce qui la fonde et la nourrit soit bien présent, bien « entretenu », bien vivant : la foi, l’amour de Dieu éprouvé et cru, la conscience de la fidélité de Dieu à ses promesses. On est là au-delà des « sentiments », du « ressenti », des « affects ». On est bien dans le domaine de la foi qui conduit à l’amour, l’amour humain qui mobilise toute sa liberté intérieure et sa volonté de conformer sa vie à sa foi.
Dom Marmion (abbaye de Marédsous) estime que la fidélité « ne peut se concilier avec une tiédeur habituelle et non combattue ». Elle doit s’allier à la liberté intérieure. L’observation purement extérieure et matérielle des volontés divines n’a que l’apparence de la fidélité : « Ce qui importe dans notre observance, c’est le principe par lequel nous l’animons… Il faut que la vie intérieure soit l’âme de notre fidélité extérieure… L’idéal auquel nous devons viser est le suivant : l’exactitude de l’amour. Dans cette exactitude qui nait de l’amour, il y a quelque chose d’aisé et de facile, d’ample, de libre, d’aimable, de joyeux. » (cf. Le Christ, idéal du moine,1923)
Si la tâche parait trop difficile, en écho à l’Ecriture nous devons nous rappeler cette sagesse qui lie la fidélité et l’humilité : « La négligence des petites choses dans le service de Dieu conduit assez vite à la négligence des grandes… Celui qui est fidèle tous les jours aux moindres devoirs de la vie religieuse, recevra la grâce d’être fidèle… (R. Garrigou-Lagrange, les trois âges de la vie intérieure, 1938, cité dans le Dictionnaire de Spiritualité, art. « Fidélité »).
Père J-M Micas
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